LE CIMETIERE CHINOIS DE NOYELLES SUR MER

chambres d'hôtes en Baie de Somme
Le cimetière Chinois de Noyelles-sur-mer
chambres d'hôtes en Baie de Somme

 

          Le cimetière du hameau de Nolette (près de Noyelles sur mer) ouvre son portail oriental en pierre blanche calligraphié sur 849 stèles entourées d'un petit muret au beau milieu de champs.

 

          La Chine au fond de la Baie de Somme !

 

          Ce cimetière étonne le curieux qui a fait le détour et enfilé le petit chemin qui y mène. Mais qui sont ces Chinois morts entre avril 1917 et mars 1920 ? Qu'étaient-ils venus faire chez nous et pourquoi sont-ils enterrés si loin de leur pays ?

 

A REGARDER, POUR EN SAVOIR PUS !!!!!-

Le journal de 20 heures du 11/11/200

Quelques images du cimetière Chinois de Noyelles sur mer

  

          Il faut remonter à la guerre de 14-18 pour en connaître l'origine. Le "front" s'était définitivement stabilisé : les troupes Belges occupaient la zone Dixmude-Ypres ; l'armée anglaise tenait de la frontière belge aux environs de Péronne-Ham, et l'armée française de là à la Suisse. Les Anglais avaient leurs bases à Dunkerque, Calais, boulogne et St valéry sur Somme (où entraient alors des navires jaugeant jusqu'à 1800 tonnes). La partie non-envahie des départements du Nord, du pas-de-Calais et de la Somme étaient zonne Anglaise ; et l'entretien des routes, des pistes accédant au front et défonçées par les innombrables convois et les bombardements, devaient être assuré par l'armée britannique.

 

          Faute de main-d'oeuvre sur place, les français étaient au front ou trop utiles là où ils en restait, l'Angleterre passa un accord avec le gouvernenment Chinois, qui lui fournirait des travailleurs manuels. les Anglais choisirent Noyelles, bien desservie par la voie ferrée proche du port de Saint-Valéry, et assez éloignée du front, pour y créer cette base, qui devint le "dépôt" général au sens militaire du mot.

 

          Construite à droite et à gauche de la route de Noyelles à Sailly-Flibeaucourt, touchant au village, fournie en eau par une rivière où les Anglais la puisaient et l'envoyaient dans des réservoirs, cette base s'étendait à la fin de 1918 sur plusieurs centaines de mètres et occupait alors près de 30 hectares.

          Dès juin-juillet 1916, fauchant les blés en herbe, on commença la construction des premiers baraquements ; puis l'Etat-Major logé chez l'habitant se constitua : un colonel, deux lieutenants colonels, de nombreux officiers, la plupart médecins (chirurgiens, ophtalmologistes...) arrivèrent et dès la fin de novembre, l'embryon du camp était en place.

 

          C'est au tout début de décembre 1916, que débarquèrent du train (trop célèbres wagons de marchandises "hommes 40 - chevaux en long 83 qu'on connu tous les poilus) que débarquèrent donc les Chinois..... Ceux-ci après l'interminable traversée des ports  Chinois au Havre, dans des rafiots peu confortables... étaient immédiatement entassés dans ces wagons, et arrivaient enfin, épuisés à Noyelles. Aussi à l'air libre, la terre ferme au terme de ce terrible voyage, étaient saluéspar des cris de joie, où plutôt des hurlements  sauvages qui terrorisaient les enfants et inquiétaient les adultes.

 

          Qu'allaient être les relations, la co-existence continuelle avec ces hommes ?

 

          Vêtus de coton matelassé ; bleu de chauffe, jambes ficelées dans des bandelettes entrelacées, courte veste, petit bonnet rond avec cache-oreilles de fourrure, les arrivants avaient piètre mine. Ils étaient étroitement encadrés par des sous-officiers et des soldats Anglais ; solides gaillards munis de gourdins et qui tels des chiens de bergers allaient et venaient le long des colonnes de coolies. Car ceux-ci marchaient toujours en file indienne, ce qui constituait une véritable noria entre le camp et la gare à 1200 mètres d'où ils ramenaient ravitaillement, matériaux de toutes sortes, planches, madriers, ciment, pour toujours agrandir le camp ; puis cailloux et machefer pour l'entretien des chemins , des places du camp et même des tennis pour les officiers !         

          Le camp comportait des baraquements de logement, cuisines, salles diverses, hôpitaux, prison et même un hôpital ou plutôt un asile pour les fous, car au contact du front, dubissant des bombardements., voyant leurs compagnons tués ou blessés, certains travailleurs avaient perdu la raison..... cet asile solidement clos était éloigné du reste.          

          La discipline était très sévère et les peines corporelles telles qu'usitées en Chine, infligées par des chinois, ou les anglais qui les encadraient dans les convois.

 

          Pour occuper ceux qui attendaient leur envoi à l'arrière front, les anglais louaient des terres....... il y en avait en friche par suite de la mobilisation des agriculteurs ; et on voyait une longue ligne de 50, 60 ou 80 hommes bêchant côte à côte, chacun une bande de 2 ou 3 mètres..... on cultivait des légumes. Un officier anglais était spécialement détaché à l'agriculture et aux locations de terres.

 

          Au début, il y avait peu de relations entre chinois et habitants du pays. Puis les officiers ayant des "ordonnances" choisis parmi les plus évolués, les envoyaient "faire" la chambre qu'ils occupaient, entretenir leur feu, soigner leur cheval. Et peu à peu des relations s'établirent.

 

          Les chinois étaient extrêmement friands de pommes, ce fruit les sidérait littéralement et comme leur salaire était payé en monnaie française, ils en achetaient, en offrant des prix exhorbitants....dont certains Noyellais profitaient....... Mais rapidement les chinois se rendirent compte de la valeur exacte des fruits, et ils marchandèrent par geste. Dès 1918, ils avaient fort bien assimilé la valeur de l'argent et surtout de l'or et  leur cupidité amena le drame. Plutôt que d'acheter : voler ; et s'ils étaient surpris : tuer (Il y eut deux affaires d'assassinat pour vol dans la région de RUE. Après l'Armistice, la discipline  anglaise se relâcha un peu ; des chinois s'enfuirent et subsistères de rapines.

 

          Le camp ne fut jamais attaqué ni bombardé par l'aviation allemande alors que les voies et la Gare de Noyelles furent souvent visées. Mais le 23 mai 1918, au cours de la nuit, le dépôt de munitions de Saigneville fut atteint et un formidable feu d'artifice en résulta éclairant de pourpre tous les alentours à plus de 15 kilomètres, accompagné d'explosions d'obus qui faisaient trembler le sol. Instruits par leur expérience du front, les chinois pris de panique arrachèrent les clôtures en barbelés du camp et s'enfuirent. Plusieurs ne furent retrouvés que quelques jours après, blottis dans les bois et mourant de faim et d'épuisement.

 

          La fameuse épidémie de grippe espagnole ne les a pas épargnés. Le camp fut mis en interdit et il y mourut de nombreux travailleurs s'ajoutant à ceux qui avaient été tués ou blessés à mort près du front.

 

          Après la guerre, les Anglais regroupèrent tous les corps et créèrent le Cimetière de Noyelles, scupuleusement entretenu par l'Angleterre.

 

 

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